Rythme scolaire: vraies solutions et faux problème

Rythme scolaire: vraies solutions et faux problème

J’ai entendu ce matin en me levant un titre qui m’a interpellé, mettant en avant le fait que Luc Chatel actuellement ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative voulait rapidement avancer sur le dossier de la réforme du rythme scolaire. J’avoue que j’étais passé complètement à côté de cette information avant aujourd’hui et peut-être est-ce parce que je me suis entretenu hier avec des amis au sujet de la place de l’éducation dans notre société que ce sujet a attiré mon attention ce matin.

Comment trouver de vraies solutions…

J’ai donc pris le temps de consulter les grandes lignes du rapport d’orientation sur les rythmes scolaires qui a été remis au ministre le 4 juillet. Pour permettre à chacun de comprendre la suite de ce billet, l’idée principale de ce rapport est de réduire les congés scolaires d’été de 8 à 6 semaines et d’allonger la pause déjeuner à 1h30. Ces préconisations s’appuient bien évidemment sur des études savantes de chronobiologistes, chronopsychologues et psychophysiologues qui prouvent par A + B qu’une journée non pas moins longue, mais moins lourde serait bénéfique pour l’apprentissage. Il parait donc logique que pour répondre à sa mission d’enseignement et à l’exigence d’égalité des chances pour tous que l’école évolue en adoptant un rythme plus adéquat et surtout identique pour tous les enfants.

… en ayant posé un faux problème !

Sauf que voilà le rapport commence par une introduction mettant en avant que la réflexion menée autour du rythme scolaire a pour point d’origine le constat suivant:

Un certain nombre de constats actuels imposent de redoubler de vigilance et de mettre effectivement tous les atouts au service de la réussite des jeunes : le nombre trop élevé d’élèves accédant à l’enseignement du second degré sans maîtriser les savoirs de base, le rang seulement médian des élèves français aux résultats de l’enquête PISA1 – outil d’évaluation internationale de l’OCDE -, la sortie sans diplôme de près de 150 000 jeunes chaque année, la France se situant en-deçà des engagements pris par l’Union européenne.

Globalement devant le constat d’échec de l’éducation nationale la principale piste d’amélioration n’est pas la remise en cause de la méthode d’apprentissage (et donc le changement des us et coutumes des enseignants) mais plutôt le changement des emplois du temps. Pour faire un parallèle avec le monde de l’entreprise, c’est comme si on demandait à un employé qui ne sait pas faire son travail de venir travailler pendant ses congés plutôt que de le former correctement à son métier.

En dehors du fait que cela montre à quel point l’enseignement public a du mal à se remettre en cause, que pourrait-on faire pour répondre à la problématique d’origine qui est « Comment mettre en œuvre un système éducatif pour parvenir à la réussite effective de chaque élève, et veiller à assurer à tous les mêmes chances » ?

Quelle est la véritable mission de l’école aujourd’hui ?

Comment repenser le système éducatif ?

Sans prétention aucune il me semble que la base serait de repenser en profondeur la mission et les moyens d’action de l’éducation nationale. J’ai l’occasion de faire cours dans des facultés à des niveaux bac+3/+4/+5 et je me rends compte que les étudiants sont gravement handicapés par les lacunes que comporte le système éducatif français. Ils sont pour la plupart dénués de sens critique, de curiosité et d’autonomie ce qui à mon avis et bien pire que d’avoir une orthographe défaillante.
On peut facilement expliquer ce constat lorsque l’on observe les pratiques d’enseignements couramment utilisées qui se résument bien souvent à « Apprend-moi ça par coeur… Récite-moi ça… Bien ! (ou mal selon le résultat) ». Certains rétorqueront que non, que les profs font faire des exercices que les élèves doivent réaliser des projets tuteurés, etc… Ce ne sont que des outils qui sont bien souvent mal utilisés.

Le vrai problème vient du fait que l’école aujourd’hui ne sert plus à former des Hommes libres (de penser, d’agir et de progresser) mais plutôt de bons petits citoyens dociles prêts à tout accepter et ne pas faire trop de vagues. Attention, je ne crie pas au complot et je ne pense pas que les enseignants individuellement parlant soient responsables de cela. Je constate simplement que les évolutions apportées, au fil du temps, à la noble mission de l’éducation ont conduit à faire de notre système éducatif un appareil à apprendre et non pas à comprendre. Du coup ce n’est pas parce que vous avez la liste des ingrédients d’une recette de cuisine que vous pouvez la refaire, il vous manque encore la recette et la capacité à vous adapter s’il manque un ingrédient.

3 propositions pour faire évoluer le système éducatif

Rétablir le doute comme outil d’enseignement

Cela implique de ne plus asséner de grandes vérités (qui même dans les sciences dures sont amenées à être remises en cause un jour au l’autre), d’accompagner les élèves dans la démarche de questionnement et de doute pour leurs permettre d’arriver à construire un raisonnement correcte.

Sortir du système de contrôle + notation/sanction

Évaluer les progrès d’un élève en utilisant un système de notation est à mon avis une mauvaise solution:

  • d’une part, elle ne permet d’évaluer réellement l’apprentissage, même en utilisant un système de contrôle continu,
  • d’autre part, elle bride la construction de l’autonomie et gomme les talents individuels en imposant à chacun d’avoir le même niveau de connaissance sur un soi-disant socle de connaissances communes.

Favoriser l’épanouissement personnel

L’école devrait favoriser la curiosité soit en élargissant son champ d’action soit en permettant aux jeunes de cultiver leurs individualités au travers d’activités extrascolaires comme le sport, la musique, l’art voire même l’oisiveté.

Il est certainement possible d’avoir 10.000 bonnes idées ou de penser que les miennes sont complètement utopiques le principal n’est pas de savoir si j’ai tord (ce qui est fort probable) mais de savoir si vous avez vraiment envie que rien ne change ?

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Catégorie: Humeur

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2 Commentaires

  1. Stéphane Caillaud · 6 juillet 2011 Reply

    Bonsoir Vincent,
    Merci pour le coup de gueule.

    Ça me renvoie au thème de l’émancipation.
    Le réseau Apprendre 2.0 fondé par Florence Meichel explore toutes ces thématiques en y associant les enjeux liés au TIC. Dans l’article « S’emanciper autour des usages TIC : une necessité democratique », on peut lire ceci :

    « Par définition, lorsqu’un enfant entre a l’école, il doit oublier qu’il appris, sans professeur de didactique ,les bases de sa langue maternelle. Il doit désormais se soumettre a l’idée qu’il est ignorant par définition et que seul le professeur sait comment il faut apprendre et ce qu’il faut apprendre…tout un programme auquel il est prie de se soumettre sans le questionner !… »

    http://apprendre2point0.ning.com/forum/topics/semanciper-autour-des-usages

  2. Vincent · 7 juillet 2011 Reply

    Bonjour Stéphane !

    Tout d’abord merci pour la découverte de l’article de Florence Meichel. C’est très intéressant à lire et surtout assez similaire dans le fond à ce que je propose, c’est à dire comprendre plutôt qu’apprendre, afin de développer un certain sens du libre arbitre qui permet de ne plus être prisonnier d’un carcan de connaissances.

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